2nde année réussie pour le plan corail

Suite au succès de l’opération de l’an dernier de collecte en plongée des gamètes (larves) de coraux au moment de leur ponte, une nouvelle manip vient de s’achever en Guadeloupe du 24 au 30 août 2010 dernier. Cette année, l’objectif était de récupérer, en plus des oeufs de 2 espèces collectées l’an dernier (Montastrea faveolata et Montastrea annularis), de capturer des oeufs d’Acropora palmata, plus connus en Guadeloupe sous le nom de « corne d’élan ».




2nde année réussie pour le plan corail
Pour mémoire, le but de ces travaux est de travailler au développement in vitro des larves issues de ces pontes afin de parvenir à leur recrutement (fixation sur le substrat). Les espèces choisies ont une reproduction sexuée, ce qui veut dire qu’elles pondent des oeufs qui une fois fertilisés, donnent vie à une larve appelée planulae. La ponte et la fertilisation des oeufs se font de manière externe, lors d'événements extraordinaires et rapides où tous les coraux d’une même espèce se mettent à pondre en même temps. La larve se développe en pleine eau, pendant une phase planctonique, avant de chercher un endroit du récif où s'accrocher (recrutement) et se métamorphoser.

2nde année réussie pour le plan corail
Cette reproduction sexuée ne peut aboutir que si toutes les colonies d'une même espèce
pondent en même temps : les chances de fertilisation croisée sont augmentées, et les
prédateurs (poissons, zooplancton, invertébrés divers) ne peuvent pas gober tous les oeufs
émis, ce qui permet à quelques larves de survivre. Cette synchronisation dépend
étroitement des phases de la lune et de la température de l'eau. Le processus de maturation
est contrôlé par la température, alors que l'heure de déclenchement est pilotée par la lune.
L’'intérêt pour la Guadeloupe réside dans la formation d’équipes locales à la stabulation des
larves de coraux en laboratoire et ainsi « faire pousser » des coraux en laboratoire. Le but
ultime étant, à l’avenir, de voir des « fermiers de la mer » qui feront pousser des coraux en
bassin pour les réimplanter en mer sur des zones abîmées, ou fournir l’aquariologie et éviter
ainsi les prélèvements en mer.
Cette opération a mobilisé une vingtaine de personnes (plongeurs, techniciens, scientifiques
et caméramans). L’ensemble des moyens techniques de l’Aquarium a été consacré à cette
expérience. Des équipes européennes et américaines travaillent dans la Caraïbe aux mêmes
manips à Curaçao et Porto Rico.
Cette opération, désormais appelée PLANUGWA, réunit de nombreux partenaires tant en
métropole qu’en Guadeloupe :
 Région Guadeloupe
 DIREN Guadeloupe
 IFRECOR
 UAG
 Parc National de la Guadeloupe
 Ecole de la Mer
 Aquarium de la Guadeloupe
 Aquarium de La Rochelle
 Océanopolis Brest

Renouveler ces opérations chaque année

La première espèce à pondre dans cette phase lunaire était Acropora palmata. La météo agitée de ces derniers jours n’a pas rendu les plongées faciles. Vendredi et samedi dernier, les 9 plongeurs de l’opération se sont retrouvés à l’ilet Caret. La mise à l’eau a eu lieu à 21 heures dans des conditions très difficiles. Les premières houles du cyclone Danielle se faisant déjà sentir. Aucune ponte n’ayant été observée, tous les espoirs reposaient sur la plongée de samedi soir. Le passage du cyclone Earl nous a contraint pour des raisons de sécurité à annuler cette plongée. Ce sera pour l’année prochaine…
Montastrea faveolata et Montastrea annularis devaient pondre lundi ou mardi soir. Nous avons donc passé ces 2 nuits en mer entre Port Louis et Vieux Bourg. Hier, à 21h25 la magie de la nature a encore eu lieu. La totalité des massifs de ces 2 espèces ont expulsé leurs oeufs...
Ramenés au bateau, mélangés au sperme des autres massifs de la même espèce, ils ont été rapidement ramenés au laboratoire de l’Aquarium. Ils sont depuis dans des « couveuses » et suivis 24/24 par un technicien.
Les planulaes obtenues seront partagées entre les aquariums participant à la manip (La Rochelle, Océanopolis et la Guadeloupe) et 5 autres aquariums et centres de recherche français (Nausicaa, Paris, Marineland d’Antibes, Cap d’Agde et Banyuls sur Mer).
La croissance du corail étant très lente, à peine quelques centimètres par an, il nous faudra donc être patient pour observer le fruit de ce travail.
Il n’est pas inutile ici de rappeler le rôle des coraux pour la Guadeloupe en période cyclonique. Outre leur importance pour la pêche et le tourisme, ils ont une fonction de barrière naturelle à la houle. Que seraient Ste Anne, St François, Baie Mahault ou Ste Rose si les barrières de corail qui les protègent venaient à disparaître ? La Guadeloupe est baignée par l’Océan Atlantique et la mer des Caraïbes, la vie de ses habitants est liée à celle de la mer : de sa bonne santé dépend tout simplement la sienne. La plus grande réserve de biodiversité, nos origines, le garant de notre climat, notre pharmacie du futur, une ressource alimentaire vitale, notre développement touristique, notre réserve énergétique,
notre réserve d’eau, nos prochains habitats,... l’océan est tout cela à la fois. Il est la vie et l’avenir de la Guadeloupe !
A plus long terme et après avoir validé le bon protocole, on peut rêver que ces opérations se fassent à grande échelle. Des coraux élevés en aquarium pourront peut être un jour être réimplantés en mer sur des zones abîmées par les pollutions humaines. Mais pour cela, il faudra avant tout redonner à nos eaux leurs qualités originelles et ça, c’est une autre histoire.

Contact : Philippe GODOC : 0690 55 76 59

Mercredi 1 Septembre 2010
FELICIEN DEBIERRE
Lu 1463 fois

Antilles-Guyane | Monde