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26/03/2007


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Environnement Guadeloupe : Le chlordécone, ce poison qui nous ronge

Le chlordécone, molécule chimique utilisée abondamment dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, a été abandonnée du fait de sa toxicité en 1993.
Pourtant, elle continue de polluer nos terres, nos rivières et notre mer. Pire que cela, 90% des femmes enceintes de l'île seraient contaminées...



Environnement Guadeloupe : Le chlordécone, ce poison qui nous ronge
On observe en Guadeloupe un taux de prématurité et de mortalité périnatale deux fois plus élevé que celui de la métropole, et l'une des incidences de cancer de la prostate les plus élevées au monde, qui ne s'explique qu'en partie par l'origine ethnique de la population.
C'est pour cela que plusieurs études épidémiologiques, coordonnées par Luc Multignier, épidémiologiste de l'Inserm à Rennes, tentent de cerner l'impact de cet insecticide sur notre santé.
Pourtant, la dangerosité du chlordécone est connue depuis deux rapports scientifiques de 1977 et 1980 qui ont mis en évidence la pollution des rivières et des sols antillais, et la rémanence (sa durée de vie même après l'arrêt de son utilisation) du produit. L'impact sur la santé humaine, lui, est mal connu. Chez le rat, il provoque des cancers, et endommage les organes reproducteurs. Mais aucune étude épidémiologique n'a été concluante chez l'homme. En 1979, la substance est néanmoins classée cancérogène probable par le Centre International de recherche contre le Cancer.
Pourtant, en Guadeloupe, on continue d'utiliser le chlordécone. Très efficace contre la prolifération du charançon du bananier, il permet aux planteurs qui viennent d'essuyer plusieurs cyclones, de relancer leur activité. Les gros planteurs font d'ailleurs pression sur les autorités pour continuer à utiliser cette molécule déjà fort décriée...

Des dégâts durables

Aujourd'hui, les sols des anciennes bananeraies, mais aussi tous ceux situés en aval (soit environ 5000 hectares) sont durablement pollués. Tant et si bien qu'il n'est plus possible pour les cultivateurs de planter des légumes-racines sur les sols contaminés. La Préfecture a mis en place des analyses de sols préventives sur les terres cultivables. Des parlementaires obtiennent bientôt la création d'une mission d'information sur le chlordécone. Rendu public en juin 2005, leur rapport rencontre peu d'échos en métropole. Pourtant, selon Eliane Patriarca, journaliste à Libération, “les tribulations de l'insecticide aux Antilles se lisent comme un polar. Elles illustrent l'opacité qui caractérise l'homologation des produits phytosanitaires, et témoignent de l'influence d'une poignée de gros planteurs qui contrôlaient alors la filière antillaise de la banane”. Elles témoignent également du pouvoir de nos sociétés à nuire gravement à leur bien le plus pécieux, leur Terre. Car les répercussions de cet insecticide seront durables et leurs effets sur la santé méconnus. Plusieurs études sont en cours, mais elles ne donneront de résultats que dans plusieurs années
L'une nommé “Timoun” recherche les effets du chlordécone sur le développement intra-utérin et postnatal à partir du suivi de 1 200 grossesses et des sept premiers mois des bébés. L'autre, “Karu-Prostate” traque les liens avec le cancer de la prostate.


Le chlordécone, l'un des 12 salopards de la planète

Comme le DDT ou le lindane, le chlordécone (Kepone puis Kurlone de son nom commercial) appartient aux tout premiers insecticides mis sur le marché dans les années 50. Très vite, leur nocivité est avérée et l'un des sites de production, en Virginie aux Etats-Unis, est fermé.Pourtant, cinq ans plus tard, les autorités françaises remettent sur le marché cet insecticide si décrié. Et il faudra attendre 1993 pour qu'il soit enfin retiré définitivement du commerce.Une histoire de gros sous en somme. A mettre sur un pied d'égalité avec l'affaire du sang contaminé. Bref, tout le monde savait mais personne ne disait rien.

L'eau aussi
glossaire:Le chlordécone a également gravement contaminé les eaux de notre île.?Rivières et points de captage des eaux de source sont contaminées par cette molécule.
En 1999, la Direction de la santé et du développement social (DSDS) sonne l'alerte et dans les mois qui suivent certains captages sont fermés et les stations de traitement d'eau potable équipées de filtres à charbon pour retenir les pesticides. Mais depuis 20 ans, combien de litres d'eau polluée avons-nous ingérés ?

Jeudi 11 Octobre 2007
MARIANE AIMAR
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