Les espèces exotiques envahissantes passées à la loupe

Derrière cette appellation se cachent le bambou, les fourmis maniocs et autres achatines dévoreurs de cultures. Des plantes ou des animaux introduits en Guadeloupe accidentellement ou par le biais de l’homme et qui se sont si bien acclimatés qu’ils menacent la survie des espèces locales.





Colin Niel, directeur adjoint du Parc national de Guadeloupe, Jérome Blanchet, chargé de mission biodiversité DIREN Guadeloupe, Florian Kirchner, Chargé de programme Espèces UICN et Hélène Souan, directrice de CAR SPAW Guadeloupe
Colin Niel, directeur adjoint du Parc national de Guadeloupe, Jérome Blanchet, chargé de mission biodiversité DIREN Guadeloupe, Florian Kirchner, Chargé de programme Espèces UICN et Hélène Souan, directrice de CAR SPAW Guadeloupe
Les espèces exotiques étrangères introduites dans les Antilles Françaises sont diverses et variées et on en recense pas moins de 1260. Des poissons (échappés des aquariums ou transportés accidentellement par les eaux de ballast des bateaux), des algues, des animaux comme la mangouste ou encore des espèces végétales tel le bambou ou l’acacia Saint-Domingue. Si la plupart de ces espèces ne posent pas problème une fois implantées chez nous (souvent elles peinent à se développer), d’autres trouvent dans notre climat un terreau fertile pour croître et se multiplier. Sans prédateur naturel pour les limiter, elles deviennent alors envahissantes et prennent parfois le dessus sur des espèces endémiques, c’est-à-dire propre à la Guadeloupe. Et cela peut avoir des impacts économiques et sanitaires importants.

Des filières menacées

Les espèces exotiques envahissantes passées à la loupe
Prenons l’exemple du poisson lion, une rascasse venue de l’Océan Indien. Ce super prédateur est de plus en plus présent au Nord des Petites Antilles et il affectionne particulièrement nos poissons, ceux qui font vivre les pêcheurs locaux. Qui plus est, il est beau et attire les plongeurs et touristes qui risquent hélas une piqûre très dangereuse. Rien qu’à lui seul, il menace donc deux filières si sa propagation n’est pas maîtrisée : celle de la pêche et celle du tourisme.

Vers une stratégie commune de lutte contre les espèces envahissantes

À l’initiative du comité Français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), une soixantaine d’experts et d’acteurs de la protection de la nature se sont réunis en Guadeloupe à la fin novembre pour répondre à l’enjeu des espèces exotiques envahissantes dans les Antilles françaises. Partage d’expériences, échanges sur les solutions trouvées dans la zone caraïbe ou dans l’outre-mer, le but était de jeter les bases d’une coordination des projets entre les différentes îles. « En créant un réseau d’alerte, on permet aux différentes îles d’intervenir en amont d’une menace et donc de prendre des mesures de prévention qui seront souvent plus efficaces que les luttes mécaniques ou biologiques a posteriori» indique Florian Kirchner, chargé de programme Espèces à l’UICN.

La biodiversité, un enjeu majeur pour les territoires insulaires

La biodiversité, c’est-à-dire la diversité des organismes vivants sur un territoire, est une richesse de plus en plus menacée. Et il ne faut pas oublier que l’homme fait partie de cette biodiversité, qu’il en est un élément, qu’elle lui est utile pour vivre, se nourrir, travailler. De surcroît la biodiversité est sans conteste une richesse touristique majeure. Imaginez une Guadeloupe sans poissons dans la mer, sans coraux, sans plantes et fleurs tropicales. Qui viendrait la visiter ? À l’heure actuelle, de nombreux plongeurs se tournent vers d’autres destinations tant l’état de nos coraux font peur à voir…

La biodiversité et le réchauffement climatique

Les espèces exotiques envahissantes passées à la loupe
Préserver la biodiversité c’est aussi prévenir les effets du réchauffement climatique. En effet, comme l’indique Colin Niel, directeur adjoint du Parc national de la Guadeloupe, « face à la montée des eaux prévue et à l’augmentation des phénomènes cycloniques, les mangroves jouent un rôle important. Il ne faut pas oublier qu’elles constituent le meilleur rempart naturel contre ces phénomènes ». Et il est vrai qu’après le tsunami qui a touché l’Asie en 2004, les zones les moins détruites étaient celles où les mangroves avaient été préservées.

La mer sous surveillance

Sous l’eau aussi les espèces exotiques envahissantes sont surveillées à la loupe. C’est le Car Spaw, un centre d'activités régional qui dépend du Programme des Nations Unies pour l'Environnement qui s’en occupe. Il met en oeuvre le protocole SPAW qui vise à conserver et restaurer la biodiversité marine et côtière dans la Caraïbe. Mais il joue aussi un rôle d’appui aux pays caribéens pour créer des aires protégées, développer des actions pour les espèces menacées et améliorer la connaissance et la recherche. « Sous l’eau, 20 espèces marines envahissantes ont été recensées » souligne Hélène Souan, directrice du Car Spaw Guadeloupe. « Des méduses, des algues, des poissons dont les déplacements sont attentivement surveillés afin de prévenir autant que possible leur arrivée dans les zones qui ne sont pas encore touchées ».

Le Parc national veille

Les espèces exotiques envahissantes passées à la loupe
Durant les ateliers organisés par l’UICN en Guadeloupe, plusieurs visites ont été organisées au sein du Parc national de Guadeloupe (PNG). Des spécialistes de Cuba, de Trinidad, de Saint-Eustache, de la Dominique, de la Réunion, de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française ont ainsi pu observer la prolifération des bambous et la lutte mécanique mise en place par les agents du Parc. « Le Parc suit de très près deux espèces spécifiques, le bambou et pin caraïbe » indique Colin Niel, directeur adjoint du PNG. Sur l’îlet Fajou par contre, nous avons tenté d’éradiquer les mangoustes et les rats, un phénomène qui devenait particulièrement préoccupant. L’opération, très lourde, a réussi pour les mangoustes mais pas totalement pour les rats. Cependant une telle opération n’est pas reconductible au sein du Parc, elle ne fonctionne que sur des espaces très limités ».
Une chose est sûre, l’atelier de fin novembre a été l’occasion pour tous les participants de partager les expériences réussies ou pas en matière de lutte contre les espèces envahissantes. Et de trouver en commune de nouvelles voies pour l’avenir.

Les espèces envahissantes en chiffres :

Les espèces exotiques envahissantes passées à la loupe
- Sur les 100 espèces les plus invasives au monde, 49 sont déjà présentes dans l’outre-mer.
- Sous l’eau, 20 espèces marines envahissantes ont été recensées
- À Saint-Eustache, 700 captures de boas constrictors ont été comptabilisés en trois ans. Les boas n’existaient pas sur l’île avant cette date.
- Sur 100 espèces introduites, 10 se naturalisent et 1 devient envahissante dans les Antilles Françaises. À la réunion, 10% des espèces introduites deviennent envahissantes.
- À Tahiti, 2 plants de Miconia ont été introduits par des particuliers. Aujourd’hui 40 à 50 espèces végétales sont menacées et les 2/3 du territoire sont touchés.




Jeudi 26 Novembre 2009
Mariane Aimar
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