Les pêcheurs privés de 5% de leurs zones de pêche

Comme il fallait s'y attendre, les eaux littorales de la Guadeloupe ne sont pas exemptes de chlordécone. Après les terres et les rivières, cette molécule fortement rémanente a contaminé les lagons et certaines espèces de poissons. Jeudi 8 juillet, le Comité de Pêches de la Guadeloupe dressait un bilan de la situation.




Les pêcheurs privés de 5% de leurs zones de pêche
Après l'arrêté préfectoral du 23 septembre 2009, les marins-pêcheurs de Guadeloupe étaient inquiets. il faut dire que l'arrêté leur interdisait toute pêche durant trois mois dans certaines zones. Certains y voyaient la fin pure et simple de leur activité.
Le Comité des pêches maritimes et d'élevage de Guadeloupe ne comptait pas en rester là et depuis plusieurs mois, il s'est attaché à faire entendre sa voix auprès des autorités. De nouveaux prélèvements ont ainsi été réalisés, 1000 au total, afin d'avoir un large panel de poissons à tester. Au final, il s'avère que la contamination par le chlordécone ne concerne qu'une zone très localisée : celle située autour de bananier.

Un nouvel arrêté réglementant la pêche en Guadeloupe

Les pêcheurs privés de 5% de leurs zones de pêche
Afin d'appliquer le principe de précaution et de préserver la santé des consommateurs, un nouvel arrêté préfectoral sera diffusé la semaine prochaine. Il devrait définir une zone très précise dans laquelle la pêche sera interdite, à savoir la zone côtière située entre Goyave et Trois Rivière.
Et là encore, des nuances sont apportées par rapport au précédent arrêté puisque l'interdiction totale de pêche ne s'appliquera que sur une distance allant de la côte à 500 mètres. Au delà de ces 500 mètres, certaines espèces seront pêchables mais pas toutes. Enfin, au delà du plateau continental, c'est à dire à plus de 100 m de profondeur, il n'existe plus aucune interdiction.
Au final, les interdictions concernent 5% des zones de pêche.

Application du principe de précaution

Il faut savoir que la norme tolérée pour la présence de chlordécone dans les poissons a été fixée en France à 20 microgrammes par kilo, une norme plus forte que celle exigée par l'Europe (50 microgrammes). Une manière d'appliquer plus fortement le principe de précaution sur un sujet particulièrement sensible aux Antilles. Si l'on ne peut que se féliciter d'une telle mesure, on peut regretter que depuis plus de 20 ans, les guadeloupéens consomment du poisson contaminé sans le savoir. Les effets sur la santé à long terme étant encore peu connus, c'est dans les prochaines années que le problème pourrait prendre toute son importance.

120 familles de marins-pêcheurs en difficulté

Les pêcheurs privés de 5% de leurs zones de pêche
Avec cette nouvelle règlementation, ce sont 120 familles de pêcheurs qui vont être affectées directement dans leur activité économique. "Ce sont les pêcheurs au casier et au filet qui seront les plus touchés par l'interdiction, des professionnels qui, pour la plupart, ne sont pas équipés de navires leur permettant d'aller pêcher plus au large" indique Nicolas Diaz, directeur du Comité des Pêches de la Guadeloupe. "120 familles vont ainsi voir leur revenu diminuer de 50% immédiatement". Si la reconversion est possible, elle n'est pas aisée pour ces professionnels qui, dans une période de chute de leurs revenus, devraient investir pour survivre. "A terme, il y aura bien sûr une compensation financière de l'Etat mais, cela peut prendre des mois ou des années" rajoute Nicolas Diaz. Il faut en effet dans un premier temps réaliser des études d'impact pour évaluer les préjudices avant d'envisager un quelconque dédommagement.
A ce jour, le manque à gagner pour les 80 navires concernés par l'interdiction de la pêche dans la région de Trois Rivière est estimée à 1 million d'euro par an.


Préserver la santé du consommateur

Si 10% des pêcheurs de l'île sont concernés directement par la nouvelle réglementation préfectorale, la population sera quant à elle a priori préservée d'une contamination par le chlordécone. Cependant, avec tout ce que nous avons consommé depuis tant d'années (racines, poissons, eau du robinet), le problème du chlordécone n'a pas fini de faire parler de lui. C'est en 1976 que le principe de précaution aurait dû être appliqué, quand les Etats Unis ont retiré cette molécule du marché. Rappelons que dans les Antilles Françaises, elle n'a été interdite que 17 plus tard, en 1993 !

Un plan chlordécone pour la mer aussi

"Si le plan chlordécone pour les sols contaminés est déjà actif en Guadeloupe, il faut en mettre en place un pour la mer aussi " affirme Patrick Royan, président du Comités des Pêches. Car pour continuer les prélèvements sur les 170 espèces commercialisées en Guadeloupe, il faut des financements sur plusieurs années. " A terme, il s'agit de continuer les recherches scientifique pour toujours mieux cerner les espèces de poissons contaminées mais aussi de communiquer les résultats aux consommateurs afin de les tenir informés. Et le consommateur, justement s'est-il détourné des étals de poissons depuis l'arrêté de septembre 2009 ? "Il s'est montré méfiant, nous a posé beaucoup de questions, souligne Patrick Royan, lui-même marin pêcheur sur Capesterre Belle-Eau. "Cependant, en Guadeloupe, le pêcheur est en contact direct avec le client et il peut donc lui expliquer où et quand il a pêché et regagner ainsi sa confiance".

Et la pêche informelle ?

Si les marins-pêcheurs professionnels sont informés via le Comité des Pêches des zones et espèces interdites à la pêche, qu'en est il des pêcheurs informels ? Car il faut savoir qu'un poisson sur deux pêché en Guadeloupe provient encore de la pêche informelle ! "Pour leur propre bien, ces pêcheurs doivent bien sûr respecter les interdictions car ils sont aussi les premiers consommateurs de leur pêche" indique Nicolas Diaz. "Mais bien sûr, ils ne doivent nullement revendre une pêche qui pourrait être contaminée". Et pour contrer cela, des contrôles seront opérés régulièrement tant sur les navires que sur les étals de l'île.
Face à cela, Patricka Royan, le président du Comité des Pêches de la Guadeloupe, reste optimiste : "N'oublions pas que face à la ciguatera, pêcheurs professionnels comme informels ont vite appliqué les règles. Les cas de ciguatera chez l'homme sont rares, preuve que les poissons contaminés ne sont pas pêchés".

Jeudi 8 Juillet 2010
Mariane Aimar
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