Maîtrise de l’énergie : agir vite

Avec une croissance de la demande en électricité qui s'envole depuis 15 ans (+100%), la Guadeloupe va au-devant d'une situation grave si elle ne réagit pas. Pour éviter la pénurie, les délestages mais aussi pour lutter contre le réchauffement climatique et la dépendance énergétique, une campagne de communication forte débute dans toute la presse. Son but ? Nous faire réagir !





Maîtrise de l’énergie : agir vite
Un homme rentre chez lui le soir. La maison est plongée dans l'obscurité, la lumière ne s'allume pas, le réfrigérateur dégouline, sa fille peste car la télé ne fonctionne pas. Quant à sa femme, elle tape sur une machine à écrire du siècle dernier, à la lumière d'une bougie ... Voilà le décor planté par l'Agence Caribead dans ce spot publicitaire pour la maîtrise de l’énergie initié par l’Ademe, EDF et la Région Guadeloupe.

"Pour éviter d'en arriver là, consommons mieux l'électricité" signe cette campagne alarmiste. Car c'est bien là son but. Nous faire peur, nous rappeler comment est la vie sans électricité et nous faire réagir.
En effet, depuis une bonne dizaine d’années, la Guadeloupe se développe fortement d’un point de vue économique. De nouveaux bureaux aux quatre coins de Jarry, des centres commerciaux flambant neufs, des lotissements… Le tout, équipé de climatiseurs, d’ordinateurs, de réfrigérateurs, d’éclairages … Un développement économique souhaitable certes, mais qui, en milieu insulaire plus qu’ailleurs, doit être mieux encadré en matière de maîtrise de l’énergie. Car produire de l’électricité chez nous coûte cher et n’est pas sans conséquences sur le réchauffement climatique.


Une électricité coûteuse

Maîtrise de l’énergie : agir vite
Savez-vous que si nous devions payer le prix réel de l’électricité produite en Guadeloupe il nous en coûterait deux fois plus cher ? Transporter du fioul ou du charbon par bateau, l’acheminer jusqu’ici, le transformer en électricité dans les centrales de l’île et le distribuer sur le réseau représente une facture deux fois plus élevée qu’en métropole. Si nous ne payons pas deux fois plus cher c’est grâce au principe de continuité territoriale qui s’applique ici. Et grâce aussi aux millions de foyers de métropole qui paient chaque mois sur leur facture une taxe (la CSPE) destinée à couvrir ces frais supplémentaires pour les DOM (et également le développement des énergies renouvelables).


Une électricité à base d’énergies fossiles

Si la Guadeloupe atteint 14% de production électrique à partir des énergies renouvelables (éolienne, géothermie, solaire), 86 % de cette production provient encore des énergies fossiles. À Jarry, c’est du fioul lourd qui est brûlé dans les centrales et, au Moule, du charbon. Des techniques qui restent polluantes malgré les précautions prises et les nouvelles normes réglementaires. De surcroît, elles participent au réchauffement climatique à cause de leurs rejets en CO2 et en dioxyde de soufre.


Des capacités de production limitées

Aujourd’hui, pour répondre à la demande toujours plus forte en énergie, EDF doit implanter de nouvelles centrales électriques. Mais construire de nouvelles usines représente des investissements importants dans des équipements basés encore sur les énergies fossiles. Si l’on ne veut pas voir fleurir sur toute l’île des usines au fioul ou au charbon, il faut donc modifier nos habitudes et consommer différemment l’électricité.


Apprendre les bons gestes

C’est toute l’ambition de la campagne sur le Maîtrise de l’Energie lancée en octobre. Une campagne de longue haleine qui s’étalera sur plusieurs mois en débutant en janvier par une série de messages forts encourageant les « bons gestes ».
Ces bons gestes, quels sont-ils? En voici quelques-uns :

- Préférer le chauffe-eau solaire
Pour produire l’eau chaude sanitaire, un dispositif simple transforme l’énergie solaire en chaleur : le chauffe-eau solaire individuel. Un choix évident sous notre climat tropical, où cette ressource inépuisable permet d’assurer l’autonomie en eau chaude sanitaire toute l’année. Gratuite, renouvelable et facile à transformer, l’énergie solaire représente l’alternative la plus économique et la plus propre au chauffe-eau électrique.
Des aides financières publiques, directes ou indirectes, sont accordées à ceux qui souhaitent s’équiper : crédit d’impôt, taux de TVA réduit, etc.
Des professionnels compétents conseillent et installent le modèle le plus approprié aux besoins et aux caractéristiques de chaque habitation.

- Bien sélectionner les équipements ménagers
Une prise de conscience dès l’achat est indispensable en matière d’électroménager. Les équipements électriques de la maison consomment jusqu’au tiers de l’énergie utilisée par les ménages. Cette charge importante est tout à fait réductible en privilégiant les produits les plus économes.
L’étiquette énergie garantit l’achat d’équipements à la fois sobres et efficaces. Obligatoire depuis 1995, elle distingue ces derniers selon leurs performances et leur consommation en électricité. Classés A ou A+, ils peuvent consommer jusqu’à 5 fois moins d’électricité que ceux de la classe E, F, G !

Gérer l’utilisation de la climatisation de façon pertinente
Cela débute, dès l’achat, par le choix d’un climatiseur de type «Split» moins vorace et plus efficace qu’un Monobloque. Cela nécessite également de contrôler l’étanchéité des ouvrants - portes & fenêtres - dans les pièces concernées et savoir régler judicieusement l’appareil en ne descendant pas en dessous de 4° par rapport la température ambiante. Le nettoyage des filtres et coffrages une fois par mois et l’entretien annuel par un professionnel avec contrôle du gaz pérennisent l’installation, tout en garantissant l’optimisation de son utilisation et de sa consommation.

Gérer l’éclairage.
Les priorités : privilégier l’éclairage naturel, rationaliser la répartition des lumières et utiliser un équipement de qualité afin de permettre de réelles économies. L’adoption de lampes LEE (Economie d’Energie) pour mieux s’éclairer ne nécessite aucune modification de l’équipement électrique. Celles-ci consomment en moyenne 5 fois moins d’électricité, tout en durant 6 fois plus longtemps et en produisant 80% de chaleur en moins qu’une lampe à incandescence. Elles sont aujourd’hui déclinées dans une large gamme. Autant de produits et d’appareils plus économes capables, s’ils sont correctement utilisés, de faire fondre de moitié la facture énergétique guadeloupéenne.


Un constat édifiant

La hausse de la demande est de 5% par an (contre 1% en métropole), alors que notre insularité ne nous permet pas d’élargir facilement l’offre électrique.
La Région Guadeloupe, l’ADEME et EDF Archipel Guadeloupe ont donc décidé de mutualiser leurs moyens et ont signé en 2007 un accord-cadre pluriannuel 2007-2013sur la Maîtrise de l’Energie.
En outre, la campagne sur la « Maîtrise de l’Energie » lancée par les trois partenaires s’inscrit dans la continuité de la politique énergétique régionale telle que définie dans le PRERURE (plan pluriannuel de prospection et d’exploitation des énergies renouvelables et d’utilisation rationnelle de l’énergie).
La climatisation, l’eau chaude, l’éclairage et l’absence d’isolation constituent les principaux postes de consommation énergétique dans les secteurs résidentiel, tertiaire et industriel.
Les objectifs du plan sont ambitieux afin que la région atteigne en 2050, un taux de 50% d’indépendance énergétique grâce à une production énergétique à partir des énergies renouvelables renforcée.

Parmi les objectifs visés pour chaque cible et les actions à mettre en oeuvre dans le cadre du PRERURE, on trouve :
• l’eau chaude sanitaire : atteindre 50% de logements existants et 90% des logements neufs équipés en chauffe-eau solaire à l’horizon 2020.
• la climatisation : orienter la demande vers des appareils plus performants (de classe A, A+) par le biais de sensibilisation des consommateurs et la mise en place d’aides financières directes, transformer l’offre par la mobilisation de l’ensemble des professionnels concernés (importation, distribution, installation, maintenance), voire à long terme interdire l’importation de climatiseurs avec de faibles performances.
• l’isolation : anticiper la réglementation thermique DOM dans l’optique de limiter les pertes énergétiques dans les bâtiments.
• l’éclairage : favoriser un éclairage plus efficace du point de vue énergétique, visant la promotion des lampes à économie d’énergie (LEE) et limitant l’importation des lampes à incandescence.


Vendredi 24 Octobre 2008
Mariane AIMAR
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