Opération corail : mission réussie !

Du 6 au 12 septembre s'est tenu en Guadeloupe une "mission corail"ayant pour but de collecter en plongée des gamètes (larves) de coraux au moment de la ponte. La manipulation a porté sur 2 espèces de la région (Montastrea faveolata et Montastrea annularis).




Opération corail : mission réussie !
Le but de la mission était de travailler sur le développement in vitro des larves issues de ces pontes afin de parvenir à leur recrutement.
Les espèces choisies ont une reproduction sexuée ce qui veut dire qu’elles pondent des oeufs qui, une fois fertilisés, donnent vie à une larve appelée planulae. La ponte et la fertilisation des oeufs se font de manière externe, lors d'événements extraordinaires et rapides où tous les coraux se mettent à pondre en même temps. La larve se développe en pleine eau, pendant une phase planctonique, avant de chercher un endroit du récif où s'accrocher.



Une délicate opération

Opération corail : mission réussie !
Cette reproduction sexuée ne peut aboutir que si toutes les colonies d'une même espèce pondent en même temps : les chances de fertilisation croisée sont augmentées, et les prédateurs (poissons, zooplancton, invertébrés divers) ne peuvent alors pas gober tous les oeufs émis, ce qui permet à quelques larves de survivre. Cette synchronisation dépend étroitement des phases de la lune et de la température de l'eau. Le processus de maturation est contrôlé par la température, alors que l'heure de déclenchement est pilotée par la lune.
Cette manipulation n’est possible qu’avec la participation de Monsieur Franck Mazéas, chargé de mission écologie marine à la DIREN Guadeloupe, bien connu dans le milieu marin. Il observe depuis 4 ans ces pontes dans nos eaux et est capable de prévoir à l’avance à quelle date exacte auront lieu les expulsions.



Bientôt des "fermiers de la mer"

Opération corail : mission réussie !
L’'intérêt d'une telle opération pour la Guadeloupe réside dans la formation des équipes de l’Aquarium de la Guadeloupe à la stabulation des larves en laboratoire afin de pouvoir ultérieurement refaire cette manipulation localement et ainsi développer des coraux en laboratoire. On peut ainsi imaginer qu’à l’avenir des « fermiers de la mer » feront pousser des coraux en bassin pour les réimplanter en mer sur des zones abîmées, ou fournir l’aquariologie et éviter ainsi les prélèvements en mer.

Cette opération a mobilisé une douzaine de personnes (plongeurs, techniciens, scientifiques et caméramans). L’ensemble des moyens techniques de l’Aquarium a été consacré à cette expérience qui a constitué une grande première.

Un film a été produit à cette occasion à des fins pédagogiques et pour une diffusion sur les grands médias nationaux. Monsieur Yves GLADU, spécialiste de la prise de vue sous-marine et chef opérateur sous-marin, était chargé avec son équipe de réaliser les images.

Les partenaires de cette opération étaient :
• La DIREN Guadeloupe
• OCEANOPOLIS, le parc de découverte des océans de Brest
• L’Aquarium de La Rochelle
• L’Aquarium de la Guadeloupe


Le récit d'une nuit magique

Opération corail : mission réussie !
"Franck MAZEAS de la DIREN Guadeloupe est catégorique : ce sera pour cette nuit ! Il a, après des années d’observations, conclu que ces 2 espèces pondent chaque année après la pleine lune du mois de septembre vers 21h15. C’est pourquoi nous nous retrouvons pour cette 3ème nuit en mer.
Nous sommes sur site vers 17h30 pour la pose de filets fixes au dessus de 2 massifs. Après un casse-croûte, la mise à l’eau a lieu à 20h45. Chacun a une fonction bien précise sous l’eau et à bord. Les plongées précédentes n’ont pas été de trop pour bien coordonner la manip.
Nous sommes tous prêts à 21h10, chaque équipe est devant son massif corallien, la caméra tourne, les projecteurs allumés.
21h15, 21h20, 21h30…rien.
Même si nous ne pouvons pas nous parler sous l’eau, une certaine tension commence à s’installer. L’impatience est manifeste, elle se lit sur les visages. Et si on s’était trompé ? Voilà des milliers d’années que ce cycle de la vie se produit, va-t-on l’observer cette nuit ? La pollution humaine a-t-elle changé les paramètres de l’horloge naturelle ? Tout cet investissement matériel et humain pour rien ?
A 21h35 quelques dizaines d’oeufs s’échappent d’un premier massif. L’excitation est à son comble. Des petites perles blanches de quelques dixièmes de millimètres sont expulsées. Elles sont vite récupérées par les plongeurs dans des épuisettes à mailles très fines.

Les premières observations au microscope rassurent les scientifiques. On observe déjà les divisions cellulaires, preuve que la nature fait son oeuvre malgré notre intervention. Les oeufs sont placés dans des incubateurs flottants, dans les aquariums du laboratoire.
La soirée se finit vers 3 heures du matin devant une coupe de Champagne pour fêter ce premier succès. Les visages sont marqués par la fatigue mais chacun a dans les yeux le spectacle extraordinaire que la nature nous a encore offert cette nuit.

Depuis, des techniciens se relaient jour et nuit devant les incubateurs pour surveiller l’évolution des 270.000 larves récoltées. Elles sont régulièrement comptées et observées au microscope. Les paramètres physicochimiques de l’eau des bassins sont contrôlés. La moindre erreur peut provoquer la perte de la récolte.
Les larves vont flotter pendant quelques jours puis couler pour se fixer et fonder une nouvelle colonie.
Cette phase sera le travail conjoint des 3 labos des aquariums de Brest, La Rochelle et Guadeloupe. Les larves sont partagées entre ces 3 établissements. Si tout va bien, dans quelques semaines, nous pourrons observer les premières planulas fixées sur des supports en céramique. La croissance du corail est très lente, à peine quelques centimètres par an, il nous faudra donc être patient".

Mercredi 16 Septembre 2009
FELICIEN DEBIERRE
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